{"id":2887,"date":"2008-05-21T11:10:38","date_gmt":"2008-05-21T11:10:38","guid":{"rendered":"http:\/\/clarapacquet.com\/?p=2887"},"modified":"2019-01-17T17:54:27","modified_gmt":"2019-01-17T17:54:27","slug":"conference-le-monument-ou-linstrument-dune-experience-eclairee-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clarapacquet.com\/?p=2887&lang=de","title":{"rendered":"[VORTRAG] Le monument ou l&#8217;instrument d&#8217;une exp\u00e9rience \u00e9clair\u00e9e"},"content":{"rendered":"<h5><strong>Le monument ou l\u2019instrument d\u2019une exp\u00e9rience \u00e9clair\u00e9e<\/strong><\/h5>\n<p><em>Vortag am 23. Mai 2008, w\u00e4hrend der von Prof. Dr. Dani\u00e8le Cohn organisierten\u00a0Konferenz \u00ab\u00a0Vous avez dit sculpture?\u00a0\u00bb, gehalten. Die Tagung fand im Rahmen der Richard Serra MONUMENTA-Ausstellung \u00ab\u00a0Promenade\u00a0\u00bb im Grand Palais, Paris, statt.<\/em><\/p>\n<p><strong style=\"color: #777777; font-size: 14px;\">Introduction\u00a0: questions de d\u00e9finition<\/strong><br \/>\nComme le titre l\u2019annonce explicitement, je me propose d\u2019envisager le monument du point de vue de la pens\u00e9e des Lumi\u00e8res. Cet ancrage historique a \u00e9t\u00e9 choisi relativement \u00e0 une question que l\u2019on peut formuler ainsi\u00a0: l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique, telle qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9finie au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, partage-t-elle encore quelque chose de commun avec l\u2019exp\u00e9rience que nous avons des \u0153uvres d\u2019art aujourd\u2019hui\u00a0? \u00c0 ce titre, le monument n\u2019est-il pas exemplaire d\u2019une certaine conception de l\u2019\u0153uvre d\u2019art au 18<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle\u00a0? Mais qu\u2019est-ce, d\u2019ailleurs, qu\u2019un monument\u00a0? \u00c0 quel type d\u2019objet avons-nous affaire\u00a0? S\u2019agit-il d\u2019une \u0153uvre d\u2019art\u00a0? Un monument appartient-il davantage \u00e0 l\u2019architecture ou \u00e0 la sculpture\u00a0?<\/p>\n<p>Le rapport \u00e0 l\u2019histoire, ainsi que le fait d\u2019\u00eatre un instrument de la m\u00e9moire, de la construction et de la conservation de souvenirs, sont caract\u00e9ristiques du monument. Les \u0153uvres d\u2019art \u00e9chappent-t-elles \u00e0 ce conditionnement au sens o\u00f9 la plupart d\u2019entre elles appartiennent au pass\u00e9 et r\u00e9clament d\u2019\u00eatre conserv\u00e9es\u00a0? Concernant le monument, ce qu\u2019il est possible d\u2019affirmer, c\u2019est qu\u2019il est toujours le monument <em>de<\/em> quelque chose. Il existe d\u2019abord parce qu\u2019il est attribu\u00e9 et adress\u00e9. Il est \u00e9rig\u00e9 en souvenir d\u2019une personne, d\u2019un fait historique ou m\u00eame d\u2019un dieu, d\u2019une id\u00e9e. En cela, on peut le comprendre comme un instrument. Il est pens\u00e9 et fabriqu\u00e9 en vue de quelque chose qui le pr\u00e9c\u00e8de. Pareille d\u00e9finition serait-elle probl\u00e9matique pour une \u0153uvre d\u2019art, si l\u2019on part du principe qu\u2019elle travaille la forme pour elle-m\u00eame\u00a0? Une autre question se pose alors\u00a0: le monument serait-il une \u0153uvre d\u2019art moins libre, car d\u00e9termin\u00e9e par son contenu\u00a0? Comment forme et signification cohabitent-elles dans un monument\u00a0? Laquelle est premi\u00e8re, laquelle d\u00e9termine l\u2019autre\u00a0? Un monument se d\u00e9finit-il justement par le fait que l\u2019on choisit originairement un sens, une raison pr\u00e9cise en attente d\u2019une forme ad\u00e9quate, une enveloppe ext\u00e9rieure suffisamment claire et lisible pour que l\u2019on puisse saisir ce contenu propre et le tenir \u00e9veill\u00e9 dans le c\u0153ur des g\u00e9n\u00e9rations futures\u00a0? Doit-on d\u00e9duire, par cons\u00e9quent, que le monument est un symbole\u00a0? Enfin, si les notions de monument et d\u2019\u0153uvre d\u2019art se r\u00e9v\u00e8lent si diff\u00e9rentes, comment tracer de mani\u00e8re certaine la fronti\u00e8re qui les s\u00e9pare\u00a0? Et si elles se ressemblent, ne se recoupent-elles pas justement sur le terrain de l\u2019exp\u00e9rience qu\u2019elles proposent\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Le monument des Lumi\u00e8res fran\u00e7aises\u00a0(l\u2019Encyclop\u00e9die)\u00a0: quand la forme d\u00e9passe le contenu<\/strong><br \/>\nDans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> de Diderot et d\u2019Alembert (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9dition 1751-1780), on peut lire cette d\u00e9finition du monument\u00a0: \u00ab\u00a0On appelle <em>monument<\/em>, tout ouvrage d\u2019Architecture &amp; de Sculpture, fait pour conserver la m\u00e9moire des hommes illustres, ou des grands \u00e9v\u00e9nements, comme un mausol\u00e9e, une pyramide, un arc de triomphe, &amp; d\u2019autres semblables<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.\u00a0\u00bb Cela est clairement formul\u00e9\u00a0: le monument se caract\u00e9rise d\u2019abord par sa fonction de rem\u00e9moration. La d\u00e9finition se poursuit ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Les premiers <em>monuments<\/em> que les hommes aient \u00e9rig\u00e9s, n\u2019\u00e9taient autre chose que des pierres entass\u00e9es, tant\u00f4t dans une campagne, pour conserver le souvenir d\u2019une victoire, tant\u00f4t sur une s\u00e9pulture pour honorer un particulier<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.\u00a0\u00bb Avant d\u2019\u00eatre une belle forme, digne d\u2019\u00eatre qualifi\u00e9e d\u2019\u00ab\u00a0artistique\u00a0\u00bb, son r\u00f4le est de conserver la m\u00e9moire\u00a0: que ce soit le souvenir d\u2019une bataille ou d\u2019un homme, les monuments se r\u00e9sumaient d\u2019abord \u00e0 un \u00ab\u00a0tas de pierres\u00a0\u00bb, \u00e0 quelque chose d\u2019informe. La forme con\u00e7ue et r\u00e9fl\u00e9chie ne serait apparue que plus tard, avec l\u2019industrie et les artistes venus am\u00e9liorer ces premi\u00e8res constructions grossi\u00e8res et archa\u00efques. Au-del\u00e0 du pr\u00e9jug\u00e9 historique et culturel concernant l\u2019informe des premiers monuments, il est int\u00e9ressant de relever cette conclusion \u00e0 laquelle parvient la d\u00e9finition\u00a0: l\u2019ouvrier (ou l\u2019artiste) parviendrait \u00ab\u00a0\u00e0 se rendre lui-m\u00eame plus illustre par la beaut\u00e9 de son ouvrage, que le fait ou la personne dont il travaillait \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer la m\u00e9moire\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Voil\u00e0 le point crucial\u00a0: le travail de la forme devenu capital, on remarque que celle-ci prend le dessus. La forme l\u2019emporte sur le contenu qu\u2019elle sert. Les monuments deviennent des \u0153uvres d\u2019art \u00e0 part enti\u00e8re, quand leur beaut\u00e9 d\u00e9passe en noblesse la raison pour laquelle ils ont \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9s. Lorsque la forme est belle, on voit le sens originel s\u2019incliner, se faire plus discret, voire dispara\u00eetre au profit d\u2019un nouvel int\u00e9r\u00eat. De quelle nature serait ce \u00ab\u00a0nouvel int\u00e9r\u00eat\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Sulzer et le <\/strong><strong><em>Denkmal<\/em><\/strong><strong> de l\u2019<em>Aufkl\u00e4rung <\/em>allemande\u00a0: un outil de formation morale, le corps et l\u2019\u00e2me<\/strong><br \/>\nSulzer, un auteur important pour l\u2019esth\u00e9tique des Lumi\u00e8res allemandes avec la publication de sa <em>Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale des beaux-arts<\/em> (organis\u00e9e comme un dictionnaire, date de publication\u00a0: 1777), va plus loin dans sa d\u00e9finition du monument\u00a0: un outil de formation morale entretenant un rapport d\u00e9cisif \u00e0 la forme, car celle-ci supporte et conditionne ce qu\u2019il nomme \u00ab\u00a0l\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb du monument. Sulzer envisage les choses du point de vue de la <em>Bildung<\/em>, concept ayant un sens \u00e0 la fois mat\u00e9riel\u00a0(formation, action de la forme vivante, en devenir) et un sens moral (la formation d\u2019un esprit, la culture). Sulzer d\u00e9bute en ces termes\u00a0: un monument est \u00ab\u00a0une \u0153uvre d\u2019art \u00e9rig\u00e9e sur une place publique qui, en tant que signe <em>(<\/em><em>Zeichen<\/em><em>)<\/em> d\u00e9di\u00e9 au souvenir <em>(<\/em><em>Andenken<\/em><em>)<\/em> d\u2019une personne remarquable ou bien d\u2019une chose, doit \u00eatre continuellement entretenue pour la post\u00e9rit\u00e9. Tout monument doit savoir attirer l\u2019\u0153il \u00e0 lui et \u00e9veiller dans les c\u0153urs <em>(<\/em><em>Gem\u00fctern<\/em><em>)<\/em> des repr\u00e9sentations de personnes ou de choses, riches du point de vue du sentiment. \u00c0 cette forme d\u2019art appartiennent donc les tombeaux, les statues, les troph\u00e9es, les arc de triomphe et d\u2019autres \u0153uvres architecturales qui, de la m\u00eame fa\u00e7on, s\u2019adressent \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9. Le but ultime des beaux-arts r\u00e9side dans le fait d\u2019\u00e9veiller un sentiment vertueux \u00e0 m\u00eame de toucher vivement les c\u0153urs\u00a0; par cons\u00e9quent, les monuments appartiennent aux \u0153uvres les plus importantes et r\u00e9clament d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9s avec s\u00e9rieux<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.\u00a0\u00bb Pour Sulzer, cela ne fait pas de doute, les monuments sont des \u0153uvres d\u2019art, et parmi les plus nobles, puisqu\u2019ils travaillent pr\u00e9cis\u00e9ment ce que l\u2019art dans son ensemble s\u2019est assign\u00e9 comme but\u00a0: \u00e9veiller les c\u0153urs, cr\u00e9er du sentiment permettant aux sujets de d\u00e9passer leur individualit\u00e9 et faciliter ainsi l\u2019av\u00e8nement d\u2019une vertu collective.<\/p>\n<p>Pour comprendre plus pr\u00e9cis\u00e9ment le fonctionnement du monument, Sulzer diff\u00e9rencie le corps et l\u2019\u00e2me. Le corps du monument est une masse \u00e0 laquelle on a donn\u00e9 une bonne forme <em>(<\/em><em>gute Form<\/em><em>)<\/em> sachant attirer \u00e0 elle l\u2019attention de chacun. Son \u00e2me est \u00ab l\u2019impression principale suscit\u00e9e par le monument\u00a0\u00bb. La forme doit \u00eatre pens\u00e9e en fonction de l\u2019importance, de la visibilit\u00e9 et de la lisibilit\u00e9, que l\u2019on souhaite donner \u00e0 l\u2019ouvrage. Elle change selon si elle s\u2019applique \u00e0 une id\u00e9e, \u00e0 un homme illustre ou \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement. Une fois la forme choisie, il faut y ajouter des ornements venant stimuler l\u2019imagination et enrichir les repr\u00e9sentations afin d\u2019animer le c\u0153ur en le remplissant de sentiments vifs et vertueux. Les ornements travaillent les liens du corps et de l\u2019\u00e2me du monument. L\u2019\u00e2me (ou esprit) du monument proprement dite est plus difficile \u00e0 cerner, puisqu\u2019elle existe par ses effets. Elle vit \u00e0 travers les sujets. Elle se manifeste cependant mat\u00e9riellement sous deux formes\u00a0: soit par des \u00e9critures mentionnant en vue de quoi, ou de qui, le monument a \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9, soit par des repr\u00e9sentations picturales (peintes ou sculpt\u00e9es), historiques ou all\u00e9goriques. Un monument doit dire plus qu\u2019une simple \u00e9criture ne le peut, sinon la seule \u00e9criture serait suffisante et la recherche d\u2019une forme ad\u00e9quate pour le monument inutile. Sulzer cl\u00f4t son article par une r\u00e9f\u00e9rence aux Anciens. De toutes parts, les Grecs \u00e9taient entour\u00e9s, dit-il, par des monuments\u00a0: que ce soit en ville ou \u00e0 la campagne, en tous lieux, ils rencontraient des \u0153uvres d\u2019art d\u00e9di\u00e9es \u00e0 quelqu\u2019un, \u00e0 un dieu ou \u00e0 un personnage, une id\u00e9e, un \u00e9v\u00e9nement. C\u2019est ainsi que l\u2019esprit et le c\u0153ur des Grecs \u00e9taient perp\u00e9tuellement tenus en haleine, constamment exerc\u00e9s \u00e0 la vertu par un travail de la sensibilit\u00e9 et de l\u2019imagination venant animer les formes rencontr\u00e9es. Sulzer pr\u00e9conise la r\u00e9instauration d\u2019une telle pratique\u00a0: elle est un entra\u00eenement sain et fortifiant pour l\u2019\u00e2me, un enrichissement du c\u0153ur des hommes, un exercice \u00e9quilibr\u00e9 des facult\u00e9s\u00a0: saisir l\u2019esprit d\u2019une forme per\u00e7ue par les sens. De cette fa\u00e7on, on peut envisager une \u00e9ducation de l\u2019homme et un perfectionnement du genre humain.<\/p>\n<p><strong>Le monument chez Hegel\u00a0: un \u00ab\u00a0magnifique th\u00e9\u00e2tre pour l\u2019esprit\u00a0\u00bb<\/strong><br \/>\nChez Hegel, au regard de la classification historique qu\u2019il met en place entre les phases symbolique, classique et romantique de l\u2019art, il semblerait que les premi\u00e8res formes d\u2019art, autrement dit les formes symboliques, dont la manifestation privil\u00e9gi\u00e9e est l\u2019architecture, soient des monuments. L\u2019art trouve son origine dans l\u2019architecture que Hegel qualifie de \u00ab\u00a0magnifique th\u00e9\u00e2tre pour l\u2019esprit\u00a0\u00bb. Les monuments sont cependant des architectures particuli\u00e8res, \u00e0 mi-chemin entre l\u2019architecture et la sculpture, c\u2019est-\u00e0-dire une architecture repr\u00e9sentant des contenus particuliers. Cet entre-deux s\u2019explique par un certain rapport entre forme et signification. Les monuments sont des constructions inorganiques, assujetties aux lois de la mati\u00e8re et de la pesanteur, servant \u00e0 l\u2019expression d\u2019une id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale d\u2019une mani\u00e8re non arbitraire. Hegel dit en effet\u00a0\u00e0 propos des monuments\u00a0: \u00ab\u00a0Le rapport entre la signification et la forme visible par laquelle la signification doit passer de l\u2019imagination de l\u2019artiste dans celle du spectateur, ne peut \u00eatre que d\u2019une nature symbolique. [\u2026] C\u2019est un langage qui, tout muet qu\u2019il est, parle \u00e0 l\u2019esprit. Les monuments de cette architecture doivent donc, par eux-m\u00eames, donner \u00e0 penser, \u00e9veiller des id\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales. [\u2026] la forme qui manifeste de pareils contenus ne peut plus \u00eatre un simple signe, comme le sont, par exemple, chez nous, les croix \u00e9lev\u00e9es sur les tombes des morts ou les pierres entass\u00e9es sur un champ de bataille. Car des signes de cette esp\u00e8ce sont bien propres \u00e0 rappeler des souvenirs ou \u00e0 \u00e9veiller des id\u00e9es\u00a0; mais une croix, un amas de pierres n\u2019expriment pas, par eux-m\u00eames, ces id\u00e9es\u00a0; elles peuvent aussi bien servir \u00e0 rappeler tout autre \u00e9v\u00e9nement. C\u2019est l\u00e0 ce qui constitue le caract\u00e8re g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019architecture symbolique<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.\u00a0\u00bb Comme toute architecture, les monuments fonctionnent symboliquement, tel un langage autonome o\u00f9 signifiant et signifi\u00e9 entretiennent un rapport \u00e9vident et n\u00e9cessaire, que l\u2019on peut saisir visuellement par la lecture des formes. Par contre, ils se diff\u00e9rencient des architectures simplement utilitaires et se rapprochent en cela de la sculpture dans leur volont\u00e9 d\u2019exprimer par la forme un contenu spirituel.<\/p>\n<p>L\u2019art symbolique, dans sa tentative d\u2019expression d\u2019une id\u00e9e, \u00e9choue cependant dans la cr\u00e9ation d\u2019une v\u00e9ritable unit\u00e9 entre forme et signification. C\u2019est ce qu\u2019il faut entendre dans l\u2019expression \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre pour l\u2019esprit\u00a0\u00bb\u00a0: forme et esprit ne se m\u00e9langent pas. Certes, ils entretiennent un rapport privil\u00e9gi\u00e9 et \u00e9quilibr\u00e9, mais ils restent \u00e9trangers l\u2019un \u00e0 l\u2019autre dans leur manifestation\u00a0: la forme ext\u00e9rieure ne fait qu\u2019indiquer, circonscrire la signification interne de l\u2019esprit, les deux ne s\u2019interp\u00e9n\u00e8trent pas, ils ne parviennent pas \u00e0 faire corps. Hegel d\u00e9finit ainsi l\u2019art symbolique\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019art symbolique, au lieu de l\u2019identit\u00e9 du contenu et de la forme, n\u2019offre qu\u2019une manifestation ext\u00e9rieure de la signification int\u00e9rieure, qui r\u00e9v\u00e8le seulement l\u2019affinit\u00e9 des deux \u00e9l\u00e9ments\u00a0; il ne fait qu\u2019indiquer le contenu intime, essentiel qu\u2019il devrait exprimer<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.\u00a0\u00bb C\u2019est l\u2019art classique qui parviendra \u00e0 cette unit\u00e9 id\u00e9ale\u00a0: la sculpture, l\u2019art classique par excellence, \u00e0 m\u00eame de repr\u00e9senter l\u2019esprit par une forme parfaitement appropri\u00e9e, car capable de le r\u00e9aliser r\u00e9ellement. Dans la sculpture, l\u2019esprit s\u2019exprime dans la forme, l\u2019esprit est immanent \u00e0 la forme et y trouve une existence homog\u00e8ne. Hegel r\u00e9sume ainsi cette diff\u00e9rence fondamentale entre sculpture et architecture\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u0153uvre de sculpture offre aux yeux les deux termes, le corps et l\u2019esprit, comme formant un seul et m\u00eame tout, comme ins\u00e9parables. Elle s\u2019affranchit, d\u00e8s lors, de la destination impos\u00e9e \u00e0 l\u2019architecture, celle de servir \u00e0 l\u2019esprit de simple enveloppe mat\u00e9rielle. Elle existe par elle-m\u00eame et pour elle-m\u00eame<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>.\u00a0\u00bb Les monuments, pris dans cet entre-deux architecture\/sculpture, sont-ils alors condamn\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chec\u00a0? La sculpture serait-elle plus encline \u00e0 susciter des sentiments vertueux par une belle et noble forme que ne le peut tout monument, au sens o\u00f9 elle seule sait lier de mani\u00e8re essentielle forme et contenu\u00a0?<\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9ducation esth\u00e9tique de l\u2019homme chez Schiller\u00a0: quelles cons\u00e9quences pour le monument\u00a0?<\/strong><br \/>\nLes <em>Lettres sur l\u2019\u00e9ducation esth\u00e9tique de l\u2019homme<\/em> de Schiller sont pr\u00e9cieuses pour comprendre l\u2019articulation entre forme et signification au sein d\u2019un objet d\u2019art dont la fonction serait \u00e9ducative, et cela, du point de vue de l\u2019esth\u00e9tique, et non du point de vue de la morale ou de la connaissance. Schiller s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019essence de la beaut\u00e9 qu\u2019il comprend comme un troisi\u00e8me terme venant animer harmonieusement et librement les rapports entre perception sensible (qui rel\u00e8ve de la vie, d\u2019un mouvement perp\u00e9tuel, changeant, d\u00e9signant donc toute existence mat\u00e9rielle et toute pr\u00e9sence sensible imm\u00e9diate) et forme (qui comprend les qualit\u00e9s formelles des choses dans leurs rapports avec les facult\u00e9s pensantes). Ce troisi\u00e8me terme s\u2019apparente \u00e0 un \u00ab\u00a0jeu\u00a0\u00bb\u00a0: Schiller utilise m\u00eame l\u2019expression \u00ab\u00a0pulsion de jeu\u00a0\u00bb (<em>Spieltrieb<\/em>) pour d\u00e9signer ce mouvement, dont il d\u00e9finit l\u2019objet dans la 15<sup>\u00e8me<\/sup> <em>Lettre sur l\u2019\u00e9ducation esth\u00e9tique <\/em>ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019objet de l\u2019instinct de jeu pourra donc, repr\u00e9sent\u00e9 par un sch\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral, s\u2019appeler forme vivante, ce concept servant \u00e0 exprimer toutes les qualit\u00e9s esth\u00e9tiques des choses et ce que au sens le plus large du mot on appelle beaut\u00e9<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>.\u00a0\u00bb Il poursuit sa d\u00e9finition de la beaut\u00e9 \u00e0 partir de la pulsion de jeu\u00a0: \u00ab\u00a0Cette d\u00e9finition, \u00e0 supposer que c\u2019en f\u00fbt une, n\u2019implique pas que la beaut\u00e9 s\u2019\u00e9tende \u00e0 tout le domaine des \u00eatres vivants ni qu\u2019elle soit limit\u00e9e \u00e0 leur seul domaine. Un bloc de marbre, bien qu\u2019il soit et demeure inerte, n\u2019en peut pas moins devenir, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019architecte et au sculpteur, une forme vivante\u00a0; un \u00eatre humain a beau vivre et avoir une forme, il n\u2019en r\u00e9sulte pas qu\u2019il soit une forme vivante\u00a0; loin de l\u00e0. Il ne le sera que si sa forme est vie et si sa vie est forme. Tant que sa forme ne suscite en nous que des pens\u00e9es, elle est inerte; elle est pure abstraction; tant que sa vie n\u2019est que sentie par nous, elle est d\u00e9nu\u00e9e de forme, elle est pure impression. Dans la mesure seulement o\u00f9 sa forme vit dans notre sentiment et o\u00f9 sa vie prend forme dans notre entendement, il est forme vivante, et il en ira ainsi dans tous les cas o\u00f9 nous jugerons qu\u2019il est beau<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans ses <em>Lettres sur l\u2019\u00e9ducation esth\u00e9tique de l\u2019homme<\/em>, Schiller ne parle pas du monument proprement dit, il permet cependant de dresser un pont entre Sulzer et Hegel et ce qu\u2019ils en disent\u00a0: la beaut\u00e9 ainsi d\u00e9finie remplit la fonction \u00e9ducative du monument pr\u00f4n\u00e9e par Sulzer par sa nature vivante, apte \u00e0 trouver un juste milieu entre l\u2019id\u00e9e abstraite \u00e0 laquelle on donne forme et la forme \u00e9prouv\u00e9e. De m\u00eame, elle rejoint le paradigme classique h\u00e9g\u00e9lien de l\u2019unit\u00e9 entre les deux termes oppos\u00e9s. Hegel souligne dans ses <em>Le\u00e7ons sur l\u2019esth\u00e9tique<\/em> l\u2019importance de Schiller, dont il retient avant tout ceci\u00a0: \u00ab\u00a0Face au conflit de ces deux oppos\u00e9s [la sensibilit\u00e9 et la raison, la vie et la forme], l\u2019\u00e9ducation esth\u00e9tique doit r\u00e9aliser l\u2019exigence de leur m\u00e9diation et de leur conciliation\u00a0; elle tend en effet, selon Schiller, \u00e0 d\u00e9velopper les inclinations, la sensibilit\u00e9, l\u2019impulsion et l\u2019\u00e2me de fa\u00e7on telle qu\u2019elles deviennent en elles-m\u00eames rationnelles, ce qui fait que la raison, la libert\u00e9 et la spiritualit\u00e9 sortent de leur abstraction et, unies \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9ment naturel rationalis\u00e9 en soi, acqui\u00e8rent la chair et le sang. Le beau est donc d\u00e9fini comme la formation mutuelle du rationnel et du sensible, et cette formation est identifi\u00e9e \u00e0 la vraie r\u00e9alit\u00e9<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.\u00a0\u00bb Cette aptitude \u00e0 la m\u00e9diation est ce que Schiller appelle \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9tat esth\u00e9tique\u00a0\u00bb, dont l\u2019outil premier est la forme esth\u00e9tique. L\u2019\u00e9tat esth\u00e9tique est fondamental, il devient m\u00eame la condition de possibilit\u00e9 de la connaissance (dont l\u2019outil principal est la forme logique ou concept) et de la morale (dont l\u2019outil premier est la loi). L\u2019\u00e9tat esth\u00e9tique\u00a0se comprend comme un \u00e9tat interm\u00e9diaire entre la vie sensible et la vie de l\u2019esprit et son champ d\u2019action rel\u00e8ve de la forme, terrain d\u2019action de l\u2019art comme cr\u00e9ation ou r\u00e9ception\u00a0: \u00ab\u00a0Dans une \u0153uvre d\u2019art vraiment belle, le contenu doit compter pour rien, tandis que la forme y fera tout\u00a0; car la forme seule agit sur la totalit\u00e9 de l\u2019homme, le contenu au contraire sur des forces isol\u00e9es seulement<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>.\u00a0\u00bb La belle forme s\u2019adresse \u00e0 chacun et l\u2019envisage dans sa totalit\u00e9. Pour la beaut\u00e9, il n\u2019est pas de partie qui tienne. Elle cr\u00e9e de l\u2019harmonie chez les hommes, leur donne un caract\u00e8re sociable et procure ainsi \u00e0 l\u2019\u00c9tat le fondement r\u00e9el d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00eatres sociables. Si l\u2019on part du principe que le monument participe de l\u2019\u00e9ducation esth\u00e9tique de l\u2019homme, telle que Schiller la pense, alors le monument devient \u00ab\u00a0l\u2019instrument d\u2019une exp\u00e9rience \u00e9clair\u00e9e\u00a0\u00bb, il n\u2019est pas le simple support, ou la simple enveloppe d\u2019une id\u00e9e, il est son incarnation propre. Mais pour ce faire, il doit quitter son statut d\u2019architecture tendant \u00e0 la sculpture et devenir autonome, insoumis au contenu, consacr\u00e9 \u00e0 la seule beaut\u00e9. Du point de vue de Hegel\u00a0: une sculpture classique. Programme impossible \u00e0 r\u00e9aliser, semble-t-il, pour un monument, car il se comprend avant tout comme un objet vou\u00e9 \u00e0 la rem\u00e9moration, et donc d\u00e9termin\u00e9 par une signification pr\u00e9alable, de fait \u00ab\u00a0non immanente\u00a0\u00bb \u00e0 la forme. Un nouveau probl\u00e8me se pose alors\u00a0: le rapport \u00e0 la forme qu\u2019engage l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00e9ducation esth\u00e9tique ne pousse-t-elle pas finalement le monument lui-m\u00eame hors de ses premi\u00e8res applications\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Les trois valeurs de rem\u00e9moration chez Riegl\u00a0: monument intentionnel, valeur historique et valeur d\u2019anciennet\u00e9<\/strong><br \/>\nEn guise de conclusion, et afin d\u2019organiser et d\u2019unifier cet ensemble de remarques sur le monument \u00e0 l\u2019\u00e9poque des Lumi\u00e8res dans un souci d\u2019articulation avec son contexte moderne, je vais maintenant prendre appui sur les distinctions faites par Alo\u00efs Riegl, dans son ouvrage <em>Le culte moderne des monuments<\/em> (1903). Riegl distingue trois valeurs de rem\u00e9moration\u00a0: les monuments intentionnels, la valeur historique et la valeur d\u2019anciennet\u00e9. Dans ces trois cas, le rapport \u00e0 la forme change, le statut de l\u2019objet lui-m\u00eame se modifie\u00a0: du point de vue de la rem\u00e9moration intentionnelle, l\u2019objet est un monument par sa forme, puisqu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue \u00e0 cet effet. Il s\u2019agit en effet de la d\u00e9finition premi\u00e8re du monument, et on peut dire que, de tous temps, des monuments ont \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9s intentionnellement. Le monument envisag\u00e9 par les Lumi\u00e8res comme instrument de formation appartient \u00e0 cette cat\u00e9gorie. Du point de vue de la valeur historique, tout type d\u2019objet peut devenir monument, s\u2019il pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat pour la connaissance historique. \u00c9mergeant \u00e0 la fin du 18<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle et dominante au 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, la valeur historique d\u00e9signe donc l\u2019int\u00e9r\u00eat documentaire que repr\u00e9sente tout objet singulier pour reconstruire toujours plus pr\u00e9cis\u00e9ment le cours des \u00e9v\u00e9nements pass\u00e9s. Son principal souci est la reconqu\u00eate d\u2019une origine perdue et chaque objet est consid\u00e9r\u00e9 comme unique, fragile, \u00e0 pr\u00e9server et prot\u00e9ger d\u2019une inexorable \u00e9rosion. Enfin, du point de vue de la valeur d\u2019anciennet\u00e9, l\u2019objet en lui-m\u00eame passe au second plan, car ce sont plut\u00f4t les qualit\u00e9s de son vieillissement qui s\u2019adressent \u00e0 un sentiment subjectif, l\u2019impression suscit\u00e9e par le cours irr\u00e9versible des choses, l\u2019expression d\u2019un entrechoc essentiel et n\u00e9cessaire entre nature et histoire, mati\u00e8re et esprit. La valeur d\u2019anciennet\u00e9 est la plus englobante et la plus moderne des trois valeurs (elle appara\u00eet au XX<sup>\u00e8<\/sup> s.), elle d\u00e9signe la fascination que tout sujet ressent face \u00e0 un objet ancien, portant les marques visibles du temps, que cet objet soit d\u2019art ou pas. D\u2019ordre plastique, elle ne r\u00e9clame aucune connaissance particuli\u00e8re, mais d\u00e9pend de l\u2019apparence visuelle de l\u2019objet per\u00e7u. Pour Alo\u00efs Riegl, c\u2019est l\u2019incompatible rencontre entre deux r\u00e9gimes de n\u00e9cessit\u00e9 qui pla\u00eet au sujet moderne\u00a0: celle de l\u2019\u0153uvre d\u2019art et celle de la nature. Riegl voit m\u00eame dans cette tendance \u00e0 la valeur d\u2019anciennet\u00e9 une loi esth\u00e9tique fondamentale de notre \u00e9poque qui pr\u00e9tend agir sur les masses et qu\u2019il formule ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0nous exigeons de la main de l\u2019homme qu\u2019elle produise des \u0153uvres achev\u00e9es et closes, symboles de la loi de la cr\u00e9ation. Nous attendons au contraire de l\u2019action de la nature au cours du temps la dissolution de ces \u0153uvres, symbole de la loi \u00e9galement n\u00e9cessaire de la d\u00e9gradation<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>.\u00a0\u00bb C\u2019est la perception claire de ce cycle n\u00e9cessaire qui pla\u00eet \u00e0 l\u2019homme moderne.<\/p>\n<p>La valeur d\u2019anciennet\u00e9 et la valeur historique se caract\u00e9risent donc par leur \u00ab\u00a0non-intentionnalit\u00e9\u00a0\u00bb. Elles t\u00e9moignent d\u2019une h\u00e9t\u00e9ronomie constitutive\u00a0: disparition de la finalit\u00e9 initiale de l\u2019objet au profit d\u2019un nouvel int\u00e9r\u00eat. Au sein de la valeur d\u2019anciennet\u00e9, c\u2019est la perte de forme (ind\u00e9pendamment de la signification finalement) qui est l\u2019enjeu principal et la cause d\u2019un plaisir esth\u00e9tique. Pour la valeur historique, on constate \u00e9galement un rapport n\u00e9gatif \u00e0 la forme que l\u2019on tente de combler de mani\u00e8re \u00e0 conserver sa signification premi\u00e8re. Dans le monument intentionnel, \u00e0 la diff\u00e9rence des deux autres valeurs de rem\u00e9moration, on construit une forme en vue d\u2019une signification dont il faut se souvenir, l\u2019articulation forme\/signification doit donc rester positive. Le monument intentionnel d\u00e9velopp\u00e9 au 18<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle ne contient-il pas d\u00e9j\u00e0 en germe les deux valeurs modernes de rem\u00e9moration (valeur historique et valeur d\u2019anciennet\u00e9), pourtant contradictoires puisqu\u2019elles se scindent en cet endroit o\u00f9 la valeur historique se concentre plut\u00f4t sur l\u2019objet, et la valeur d\u2019anciennet\u00e9 plut\u00f4t sur le sujet\u00a0? Finalement, le souci d\u2019articuler les contraires, si cher aux Lumi\u00e8res, ne s\u2019est-il pas de nouveau inclin\u00e9 avec la modernit\u00e9, ce qui expliquerait la racine commune de deux tendances divergentes et conflictuelles. Au 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, l\u2019av\u00e8nement de la valeur historique contribue \u00e0 la perte de tout id\u00e9al, de tout canon esth\u00e9tique. Pour un auteur des Lumi\u00e8res, l\u2019objectivit\u00e9 d\u2019un monument intentionnel, r\u00e9side dans le fait qu\u2019il est beau\u00a0: \u00e0 cet \u00e9gard, les Grecs demeurent le mod\u00e8le supr\u00eame. La valeur historique d\u00e9place et red\u00e9finit la question de l\u2019objectivit\u00e9 en la pla\u00e7ant dans le seul domaine de la connaissance, supposant la sauvegarde et la reconstruction du pass\u00e9. La valeur d\u2019anciennet\u00e9 h\u00e9rite elle aussi d\u2019une partie de la compr\u00e9hension du monument aux Lumi\u00e8res\u00a0: elle exacerbe la part subjective de l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique et repose enti\u00e8rement sur les impressions qu\u2019un objet suscite, mais elle perd tout rapport \u00e0 la connaissance. Par del\u00e0 ces distinctions et ces conflits, s\u2019il est bien une caract\u00e9ristique commune \u00e0 tous les monuments, c\u2019est qu\u2019ils r\u00e9pondent \u00e0 une attente actuelle. En cela, l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique propos\u00e9e par les Lumi\u00e8res pense la forme du monument tout en la fragilisant par l\u2019exigence d\u2019une forme plus libre et plus vivante dans le cadre d\u2019une \u00e9ducation esth\u00e9tique. En ce sens, elle pr\u00e9pare, peut-\u00eatre, nos attentes contemporaines. Mais cette attente moderne rompt l\u2019\u00e9quilibre recherch\u00e9 entre engagement d\u2019un sujet face \u00e0 un objet lui-m\u00eame pris dans un \u00e9quilibre id\u00e9al entre forme et signification. D\u00e8s lors, tout monument intentionnel ne peut ignorer la rupture d\u2019un tel \u00e9quilibre et se doit de composer avec.<\/p>\n<p>Clara Pacquet<br \/>\nParis, Mai 2008<\/p>\n<p><strong>NOTES<\/strong><br \/>\n<a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, Tome X, article MONUMENT, p. 696.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> <em>Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> <em>Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Sulzer, Johann Georg, <em>Allgemeine Theorie der sch\u00f6nen K\u00fcnste, in einzelnen, nach alphabethischer Ordnung der Kunstw\u00f6rter aufeinanderfolgenden Artikeln abgehandelt<\/em>, article \u00ab\u00a0Denkmal\u00a0\u00bb, Tome 1, \u00e9d. Georg Olms, Hildesheim <em>&#8211;<\/em> Zurich <em>&#8211;<\/em> New York, 1994, p. 596-600. Nous traduisons.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Hegel, <em>Esth\u00e9tique<\/em>, tr. fr. Charles B\u00e9nard, tome 2, 3<sup>\u00e8me<\/sup> partie, 1<sup>\u00e8re<\/sup> section, chap. I\u00a0: \u00ab\u00a0De l\u2019architecture symbolique\u00a0\u00bb, Paris, Le livre de Poche, 1997 p. 33.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Hegel, <em>Esth\u00e9tique<\/em>, tome 2, troisi\u00e8me partie \u00ab\u00a0Le syst\u00e8me des arts particuliers\u00a0\u00bb, Division, p. 19.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 108.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Schiller, <em>Lettres sur l\u2019\u00e9ducation esth\u00e9tique de l\u2019homme<\/em>, tr. fr. R. Leroux, Paris, \u00e9d. Aubier, 1943, p. 214-215.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> <em>Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Hegel, <em>Esth\u00e9tique<\/em>, tome 1, Introduction, D\u00e9duction historique, p. 121.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Schiller, <em>Lettres sur l\u2019\u00e9ducation esth\u00e9tique de l\u2019homme<\/em>, Lettre 22<sup>\u00e8me<\/sup>, p. 291.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Riegl, <em>Le culte moderne des monuments \u2013 Son essence et sa gen\u00e8se<\/em>, tr. D. Wieczorek, Seuil, 1984, p. 66.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le monument ou l\u2019instrument d\u2019une exp\u00e9rience \u00e9clair\u00e9e Vortag am 23. Mai 2008, w\u00e4hrend der von Prof. Dr. Dani\u00e8le Cohn organisierten\u00a0Konferenz \u00ab\u00a0Vous avez dit sculpture?\u00a0\u00bb, gehalten. 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